Chronique n°2 : The Pirouettes – Carrément Carrément (Kidderminster Records, 2016)

Mélodie soupirante d’une romance synthétique

Ces derniers temps, la presse spécialisée nationale semble n’en avoir que pour La Femme, sextuor ovationné tel l’enfant prodige du rock français et régulièrement sacré digne héritier d’une cold wave en pleine régénération. Pourtant, les six acolytes sont loin d’être les seuls à revendiquer cette filiation post punk et nombreux sont les groupes qui, depuis quelques années, pullulent et envahissent la scène nationale de leurs arrangements modernistes, à l’image de Lescop, Granville, Aline ou encore Pendentif.

Mais à cet inventaire commence à systématiquement se greffer le nom de The Pirouettes, duo de deux très jeunes annéciens (22 et 23 ans) qui avec « Carrément Carrément » nous gratifie de savoureuses compositions au charme certain, découlant d’une écriture sophistiquée et faussement néophyte.

Car si Vickie s’essaie au chant depuis peu, son compagnon à la ville comme à la scène, Léo, quant à lui, n’en n’est pas à son coup d’essai, ayant fait ses gammes dans Coming Soon en tant que batteur, dès l’âge de 15 ans.

La formule de ces acrobates est simple : une relecture habile des préoccupations adolescentes de leur temps grâce à un lexique musical à l’influence eighties pleinement assumée (de Daniel Balavoine à Michel Berger en passant par Les Rita Mitsouko, Christophe et même, plus surprenant encore, Yves Simon).

Si bien que, octroyé de telles sonorités, l’ensemble tend à se perdre volontiers au cœur d’une nébuleuse indicible colorée de nostalgie, dont les composantes se heurtent à l’auditeur dans un frisson mélancolique des plus délectables, comme en atteste, par exemple, l’adorable et robotique « Je nous vois » ou « 2016 (En ce temps là) », témoignage touchant de sincérité et de délicatesse.

« L’escalier », qui ne laisse planer aucun doute quant à son propre potentiel tubesque, révèle et déploie au moment de l’écoute son efficacité étrangement opérante, notamment due à son acabit mélodique et structurel de l’ordre de la comptine qui n’est pas sans rappeler les grandes heures d’Elli et Jacno. Tout au long du disque d’ailleurs, le clavier reste parfaitement maîtrisé, avec justesse, équilibre et simplicité, modelant ces ritournelles déréglées dans une synthpop chic et branchée, voire parfois même plutôt intelligente.

En réalité, du bien nommé et évocateur « coup d’éclat » à l’ultime mélopée amoureuse « Grand bassin », les 12 titres érigeant cet album tracent en quelques sortes une jonction entre les synthétiseurs de Jacno ou de Taxi Girl et la french touch de Air, sur fond de vocalises dignes des timbres industriels de Philippe Pascal ou Edith Nylon.

L’époque semble en effet être au retour des voix robotiques, monotones, à la limite de la morosité et se refusant à tout prix de céder à une hypothétique virtuosité. Si le couple ne tombe pas dans de tels excès, c’est bel et bien marchant dans les pas d’un Daho qu’il joue la carte de la neutralité vocale, se débarrassant de toutes fioritures au profit de cette dernière et évitant la majeure partie du temps tout exercice harmonique oral trop élaboré, préférant alors chanter à l’unisson.

Pourtant, la sensibilité de l’interlocuteur est immédiatement saisie et se laisse tout aussi rapidement prendre au jeu de la fausse candeur. Car bien entendu, tout cela n’est qu’apparences : il ne s’agit pas ici d’un travail de débutants.

Le groupe, qui rappelons-le avait déjà publié deux EP (« Pirouettes » (2012) et (« L’importance des autres » (2014), va mettre une telle pratique vocale au service d’un texte, lui aussi conçu dans l’humilité la plus absolue, parce qu’ici, les deux vont de paire. Peu importe les envolées lyriques de leurs aînés, la poésie des Pirouettes est apoétique, leur prose est spontanée, actuelle. Parfois, les paroles peuvent être bancales, les rimes forcées, etc. : les deux musiciens chantent comme ils parlent. Fuyant l’alambiqué, le trop subtil, ils préfèrent aller droit au but, accéder à la beauté par la simplicité et ne surtout pas essayer de faire de « fausse poésie». En d’autres termes, face à l’authenticité, Vicky et Léo s’interdisent une quelconque tromperie, un éventuel subterfuge, une énième pirouette.

Devant une formation si prometteuse pour l’hexagone, une question se soulève : la scène française ne se serait-elle jamais si bien portée? Carrément. Affaire à suivre, donc et de près. Carrément.

 

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