Interview : voyage spatiotemporel au cœur des 80’s, avec Olivier Clargé

Olivier Clargé, alias DJ Moulinex, est un habitué des dj set aux couleurs musicales tout aussi modernes que classiques, voire parfois insolites. Invité par La Biscuiterie le 25 novembre dernier, il lui a été demandé de bouleverser ses habitudes afin de ne revisiter qu’un seul et même répertoire spécifique le temps d’une soirée : celui des années 80… Retour sur un véritable phénomène socioculturel.

– Tu es venu à La Biscuiterie le mois dernier pour une soirée spéciale années 80, où tu as, derrière tes platines, rejoué les grands hits de cette décennie extraordinaire, véritable berceau à tubes. Beaucoup de personnes de tout âge sont venues danser ce soir-là. D’où vient selon toi l’intemporalité de ces chansons aux sonorités pourtant si identifiables et immédiatement rattachables à une époque ?

Je suis né en 1973 et j’ai grandi avec les tubes des années 60, 70 et 80. Il se trouve que ces périodes sont très riches musicalement. Les générations des années 60, 70 et 80 ont connu une amplitude de sonorités tellement différentes, qui s’enrichissent, s’élargissent et sont des références qui nourrissent largement la musique d’aujourd’hui.

Au milieu des années 70, le disco émerge aux États-Unis et puise ses racines dans la musique noire : funk et soul, qui s’épurent et s’accompagnent de nouvelles sonorités composées par le synthé et les consoles. Rythme et liberté transcendent les corps et les codes sociétaux.

Dès mon plus jeune âge, je dansais sur les titres de Donna Summer, Cerrone, Chic… En même temps, le punk pointe son nez en France en 76 avec le groupe Stinky Toys : Elli & Jacno entre autres. La transition est faite fin 70 début 80 avec la New Wave (américaine et européenne), la Pop Acidulé et/ou kitch qui s’en suit. Jacno est à la fois dans le mouvement punk puis appartient aux jeunes gens modernes, la nouvelle vague française, tout comme Etienne Daho « Il ne dira pas », Jacno & Elli Medeiros « Main dans la main », Lio « Amoureux solitaires », Caroline Loeb « Narcissique »

La force tubesque des années 80 vient de l’émergence des radios FM qui diffusent ses titres aux rythmes et styles mélangés, nouvelle génération de chanteurs, le TOP 50 avec la diffusion des clips vidéos, des rendez-vous télévisés avec Champs-Élysées. C’est une période faste avec des styles très différents : pop, variété, rock, punk, rock alternatif, new wave, funk …

Lors de la soirée à la Biscuiterie spéciale 80, les générations étaient mélangées, de 16 ans à 60 ans. Cette période des années 80 a été une période très « commerciale » : fabrication de tubes, nouveaux chanteurs, modes vestimentaires et culte des apparences, clips, walkman ou baladeur sur les oreilles… La mode et les tendances d’aujourd’hui montrent l’influence toujours présentes des années 80. La musique électronique leur emprunte énormément de sonorités, les rappeurs samplent Véronique Sanson, France Gall et beaucoup d’autres artistes de cette période. Les chaînes télé participent aussi à cette transmission en diffusant très régulièrement les tubes, les clips et les classements du TOP 50 des années 80. Je reste quand même surpris de voir aujourd’hui des ados qui connaissent par cœur les titres des années 80, ce qui renforce l’intemporalité de ces années cultes.

– Quel est selon toi l’album le plus représentatif de cette période ?

Difficile de répondre à cette question, tellement il y a de références. Cependant, si je dois choisir, ce serait l’Album « Communards » par The Communards. La voix de Jimmy Somerville est magique. Je dansais comme un fou dans mon salon en 1986 sur quelques titres de cet album.

J’aime aussi beaucoup l’album « Suite Sixtine » de Lio, qui chante en anglais 6 chansons sur 10, avec une reprise de « Banana Split » qui devient « Marie-Antoinette ». C’est rafraîchissant ! Le titre « Housewife of the year » est électrisant, j’adore ! Les Sparks se sont chargés de l’écriture des paroles anglaises.

– Quant à ton préféré ?

Je dirai les albums des Rita Mistouko (« The No Comprendo » et « Marc et Robert ») pour rester français, même si le tube « Don’t forget the night » concerne à nouveau les Sparks.

– On le sait, les années 80, c’est aussi l’abondance du mauvais goût et du kitsch. Quel album « un peu honteux » ne peux-tu pas t’empêcher d’adorer ?

 Je ne parlerai pas d’album mais plutôt de titres, et je ne dirai pas « adorer » ! Le pire du pire : « Nuit de folie » et « Les démons de minuit ». J’ai évidemment diffusé ces deux titres lors de la soirée à la Biscuiterie ! Obligé… car ça me fait rire de passer ces tubes que je ne passe jamais lors de mes sets. Dans ma sélection, je ne pouvais passer outre ces standards, tubes et références de 1986 et 1987. Les gens étaient heureux et attendaient ces titres, c’est évident !

Un autre titre m’amuse beaucoup « Comment ça va » de Patrick Bruel, c’est speed 146 BPM. J’aime le début kitch du morceau qui commence par un message sur un répondeur téléphonique.

– Enfin, as-tu une petite pépite secrète provenant de cette décennie ? Peut-être un album un peu inconnu que tu apprécies tout particulièrement ?

Une pépite japonaise, pour être précis, de la New Wave Japonaise : le groupe « The Plastics ». J’ai découvert un des titres « Copy » de ce groupe dans le film « Jean-Michel Basquiat Downtown 81 » de Edo Bertoglio. J’ai acheté l’album de la musique du film et ensuite j’ai cherché des années un album de ce groupe. Il a fallu attendre longtemps… grâce à internet, j’ai commandé au japon l’album « Welcome Plastics » et je me suis régalé avec le titre « Top Secret Man » entre autres.

– Musicalement, entre les USA et la France, la concurrence est riche à cette époque. Quel pays s’en sort le mieux d’après toi ?

Difficile de comparer… Si je réponds l’Angleterre je suis hors sujet ! La culture musicale anglaise m’a toujours attiré. Il faut dire que le terme DJ vient des anglais et sa première définition est : « Le Dj sélectionne différents disques ou titres musicaux, qu’il diffuse, enchaîne et parfois mélange et manipule au gré de son inspiration et des réactions du public ». Les anglais ont une vraie bonne culture musicale. Dans les années 80 en Angleterre, on trouve : Bowie, Tears for Fears, Sade, Culture Club, The Human League, The Smiths, The Jam, Killing Joke, Depeche Mode, The Cure, Heaven 17, OMD, Joy Division, Visage, Wham, Queen, Genesis, Eurythmics, Duran Duran, Elton John, Pet Shop Boys … J’aime tous les styles musicaux, particulièrement le rock, punk et la New Wave jusqu’à la musique Rock Électro d’aujourd’hui.

Pour ce qui est des américains, il est certain que les productions ont été riches aussi avec Blondie, B 52’s, Michael Jackson, Madonna, Earth Wind and Fire, Talking Heads …

– Tu es habitué à faire danser le public au rythme de tes playlists. La thématique « années 80 » est-elle la formule la plus efficace pour fédérer toute une foule ?

J’ai fait cette soirée année 80 pour la Biscuiterie, c’était une commande et c’était une première pour Dj Moulinex. Pour toutes les raisons données en réponse à la question précédente, les années 80 fédèrent les générations.

En tant que Dj, je n’ai pas l’habitude de faire une soirée thématique sur une décennie seulement. Dj Moulinex aime varier les plaisirs. Je mélange les époques, sélectionne des titres des années 50 à aujourd’hui. J’aime la diversité, m’adapter au public, sentir les vibrations des danseurs sur la piste… J’essaie toujours de trouver un fil rouge en englobant des titres connus et aussi des titres improbables ou pas connus, de construire alors une cohérence avec une sélection incohérente. J’improvise à chaque fois et me laisse guider par ma culture musicale et par l’échange spontané avec le public. Il faut dire que je danse en mixant, derrière mes platines ou sur le dancefloor avec tout le monde.

Je suis un selector, je cherche, j’écoute et je collectionne des univers musicaux très différents. Quand je parle de ma spécialité, cela surprend ! Je suis passionné par la musique de films érotiques et pornos allemandes de 1965 à 1975. Ces bandes sons sont riches et variées : lounge kitch (appelé aussi musique d’ascenseur), disco érotique, soul music et Pop Orchestral composent les différents styles de ces musiques de films.

– Dernière question, drastique j’en conviens : les 10 titres indispensables à toute playlist années 80 ? Le genre de noyau constant et inconditionnel autour duquel toute sélection eighties devrait se développer ?

C’est l’enfer cette question… Si on parle d’incontournables, je choisis ces dix titres qui sont sûrement faciles pour rassembler le plus de générations possibles. Après, je développe en faisant le grand écart et en essayant de surprendre par mes choix.

1 – Wham! – Wake Me Up Before You Go-Go (1984)

2 – Blondie – Atomic (1980)

3 – Cyndi Lauper – Girls Just Want To Have Fun (1983)

4 – Taxi Girl – Cherchez Le Garçon (1980)

5 – Lio – Banana Split (1980)

6 – Prince – Kiss (1986)

7 – David Bowie – Modern Love (1983)

8 – Michael Jackson – l’album Thriller (1982)

9 – The Buggles – Video Killed The Radio Star (1980)

10 – Madonna – Into The Groove (1984)

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