Chronique n°3 : PWR BTTM – Ugly Cherry (Father / Daughter Records, 2015)

« Là, tout n’est que (dés)ordre et beauté, luxe, lascivité et volupté »

PWR BTTM. C’est au dos de cet acronyme un tantinet barbare (dont la connotation sexuelle ne se manifeste bien entendu qu’une fois le mystérieux sigle dévoilé) que se cache l’une des découvertes rock les plus réjouissantes de ces deux dernières années, incarnée par deux jeunes multi-instrumentistes new-yorkais : Liv Bruce et Ben Hopkins.

Icônes autoproclamés d’un mouvement queer punk dont ils semblent les principaux acteurs musicaux (bien que le spectre esthétique des New York Dolls ou des plus injustement oubliés Wayne County & The Electric Chairs hante de près ou de loin le projet), le duo aux lèvres pulpeuses et au look tout aussi baroque sortent leur première galette en 2015, nous faisant alors l’agréable surprise de proposer un son quelque peu novateur et élégant, malgré une influence de leurs maîtres, il faut le reconnaître, bien assimilée et sporadiquement rétrocédée.

En ce qui concerne le format de l’album en tout cas, il n’y a pas de doute possible : la production se met au service de l’inébranlable et impitoyable urgence punk, tant la durée de Ugly Cherry est restreinte au strict minimum. Avec un seul morceau dépassant les 3 minutes, c’est donc sans surprise que l’écoute consécutive des 11 titres composants l’ensemble s’étend seulement sur une courte mais efficiente demi-heure, dont l’intensité ne vient que souligner l’extravagance si séduisante du tandem.

Musicalement, l’esprit punk reste lui-aussi quasi intact. En effet, l’écriture spontanée et corrosive de ces musiciens laisse très peu de place aux divers exercices harmoniques un tant soit peu élaborés, soli et autres ornementations mélodiques, leur préférant une simplicité enragée, partiellement colorée par l’esprit « queer » des deux amis. Et celui qui n’y verrait que du rose ne pourrait pas plus se tromper : la palette est plus que jamais syncrétique, chamboulée voire saccagée. Les pigments sont violemment mélangés, confondus et de cette union, réussissent à tirer un teint unique et éphémère, à la limite de inexprimable et en perpétuel renouvellement.

Avec Short-Lived Nightmare, le disque débute pourtant par un moment de calme béat, alors que de sa voix claire et lumineuse1, Bruce entonne quelques vers sur une guitare caressante et délicate, légèrement en retrait. Mais de façon aussi rapide et brutale que l’indique son nom, la quiétude du morceau est très rapidement balayée par une guitare tonitruante, comme pour rectifier le tir : l’ouvrage ne sera définitivement pas reposant. Puis, c’est déjà la fin du titre. Décidément, tout laisse à penser qu’il s’agira d’une affaire d’impatience, de frénésie momentanée, d’exaltation fugace.

Ce n’est d’ailleurs pas Dairy Queen qui fera mentir cette promesse, puisque forte de son intrépidité et de son autosuffisance, elle ne s’embarrassera pas d’un quelconque refrain et se contentera de circonscrire les couplets entre eux grâce à un simple riff guitaristique, certes rudement opérant, mais concis.

Et le cas de ce morceau n’est pas isolé, puisque le même processus de troncation au service de l’efficacité sera sera après tout convoqué à plusieurs reprises, comme avec les tout aussi fringants que géniaux Ugly Cherries, Nu1 ou West Texas, aux instrumentales lourdes et à l’inspiration résolument glam.

I Wanna Boi, qui à en croire les nombreuses réactions des internautes sur la page youtube du groupe, ferait s’interroger le plus drastiquement hétérosexuel des hommes sur l’orientation de sa propre sexualité, est sans aucun doute l’instant le plus savoureux de l’album. Une mélodie fine et directe, sans équivoque et maniérismes inutiles, une diction des plus sensuelles, le tout porté par une voix suave et charismatique dont les rares imperfections ne viennent qu’ appuyer sa pureté ; et surtout, un déroulement crescendo du morceau, gagnant en intensité et en érotisme seconde après seconde : tels sont les ingrédients de ce bijou pop, parfaitement calibré quant à une quelconque prétention tubesque. D’une désinvolture enfantine, la partition de cette pièce luxurieuse mais jamais obscène, vient une fois de plus prouver qu’en rock, la sobriété est reine et que parfois, un solo dépouillé à l’exécution néanmoins détraquée est bien plus révélateur et fructueux qu’une course à l’agilité, souvent impertinente.

Bien qu’inégalement disséminée, le premier opus de PWR BTTM renferme tout de même un peu de tendresse, en commençant par l’enivrante C u Around, dont le chant grave et langoureux ainsi que l’enregistrement rudimentaire et volontairement sale saurait nous évoquer certaines bandes crépitantes d’un Lou Barlow ou d’Adam Green.

Cette douce ivresse se poursuit et s’achève ensuite dans un dernier râle avec la crépusculaire House In Virginia, qui tel un céleste épilogue, clôture ce disque de la meilleure façon qui soit : dans la beauté, le luxe, la lascivité et la volupté.

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1 Certains sauraient y reconnaître le timbre d’un Herman Düne.

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