Chronique n°7 : Alvvays – Alvvays (Transgressive Records, 2014)

Lueur d’été saturnienne

Originaire de Toronto, le groupe Alvvays sort son premier album en 2014, sobrement intitulé Alvvays. Très rapidement encensé par le public comme par la presse, c’est donc de façon unanime qu’il convainc grâce à une musique solaire aux accents parfois élégiaques ainsi que par sa fine fragrance de sable chaud, la brise légère et rafraîchissante qui s’en dégage et surtout l’onirisme profond de chacune de ses déclamations. 

Les guitares sont aériennes et épurées alors que la section rythmique tout aussi sobre et intelligible se met au service le plus total de la ligne mélodique d’un chant à la rencontre entre Karen O (Yeah Yeah Yeahs), Tracyanne Campbell (Camera Obscura) et Zooey Deschannel (She & Him). En réalité, c’est une certaine Molly Rankin qui, également guitariste, assure ce rôle et, il faut le dire, l’assure de façon admirable. Son charme indiscutable et insolent semble lui prêter cette aura extraordinaire des grandes chanteuses pop, alors que la jeune femme paraît souhaiter à la fois jouer de son innocence et de sa crédulité pour séduire son auditoire, de toute manière immédiatement et inconditionnellement conquis.

Le quintet se décline ensuite avec Kerri MacLellan au clavier, seconde touche féminine de la formation, Alec O’Hanley à la guitare, Brian Murphy à la basse et enfin Phil MacIsaac à la batterie.

Seuls neuf titres composent le disque, neuf fresques rêveuses, chaudes et colorées, invitant à la danse envoûtante et à la contemplation panoramique d’un paysage d’été, d’un crépuscule en bord de mer ou d’une poignée de polaroids de vacances jaunis par le temps.

Adult Diversion, premier single de Alvvays, dessine cette ode à la douceur alors qu’échauffant sa voix planante et lointaine, Molly Rankin se joue de l’écho et des réverbérations et les enlace en tournoyant, tel une enfant fredonnerait l’air d’une chansonnette lancinante.

La virée chimérique et romanesque se poursuit avec Archie, Marry Me et sa mélodie fine et insoucieuse, presque étourdie et en tout cas étourdissante. Probablement la plus belle demande en mariage en pop music depuis de nombreuses années, voire au-delà.

La passion et la tendresse justement continuent d’animer la plume de ces canadiens, d’abord avec le troisième titre, One Who Love You, au charme diluvien des plus capiteux puis avec Next Of Kin et le lyrisme et dramatisme de son texte musical et poétique et enfin Party Police, dont le riff d’introduction pur et raffiné et l’intensité luminescente du refrain en font très certainement le moment fort de l’album. Suivent The Agency Group, Dives et Atop A Cake, rendant sans ménagement le constat inévitable. C’est en effet à cet instant précis que l’on se rend compte que l’intégralité de l’œuvre d’Alvvays se nourrit aujourd’hui presque exclusivement de l’amour comme sentiment, en tant qu’il est amoureux ou amical, solitaire ou partagé, bienheureux ou au contraire malheureux, allègre ou désolant, comique ou tragique, routinier ou surprenant voire terrestre ou céleste, en témoigne le dénouement de l’album, Red Planet. Peu importe la déclinaison et l’exploitation de ce thème, Cupidon et Éros planent sur les compositions volubiles et étincelantes du groupe qui y trouve la meilleure source d’inspiration qui soit.

Avec ce premier opus, les cinq Torontois nous submergent de leur vague indie-dream-jangle pop dans un enchantement hypnotique et fantasmagorique, nous présentant un album saisissant violemment notre ventre, faisant battre notre cœur à toute allure, trembler nos mains et sourire nos lèvres, dès les premières secondes de l’écoute jusqu’à bien longtemps après son interruption.

Publicités

1 réflexion sur « Chronique n°7 : Alvvays – Alvvays (Transgressive Records, 2014) »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s