Chronique n°10 – Matmatah – Plates Coutures (La Ouache Production, 2017)

Degemer mat…matah !

Il est loin le temps des déambulations fringantes dans les rues de Lambézellec (souvenez-vous du tube « Lambé An Dro », véritable invitation à la danse festive et collective) et pourtant, vingt ans après, malgré divers vagabondages au-delà des sentiers bretons, Matmatah n’a toujours pas totalement quitté Brest.

Ceux qui avaient fait leurs adieux déchirants en 2008 sur les plaines de Kerampuilh, à Carhaix, ont enfin cédé au chant des sirènes et à l’appel d’un public de fidèles qui n’avaient de cesse alors de les rappeler auprès d’eux.

Si nos espoirs et autres attentes discographiques avaient déjà été caressés avec la sortie il y a plus d’un an d’un élégant best of, « Antaology » (La Ouache Production, 2015), renfermant notamment deux excellents titres inédits (« Les Demoiselles De Loctudy » et « Triceratops »), l’opération avait surtout fait naître et grandir en nous une fringale insatiable, à la fois motivée par la nostalgie et le caprice presque enfantin d’en vouloir toujours plus.

Avec « Plates Coutures », le quatuor virtuose finistérien revient plus fort que jamais, cette fois-ci muni de l’aura grandiose et impérieuse des grands groupes de rock, couronné de l’auréole de ces légendes qui tirent de leurs absences des retours des plus richement gratifiants et applaudis.

Toujours rassemblée autour du noyau dur de la grande époque, à savoir Tristan Nihouarn (Stan), Eric Digaire et Benoît Fournier (Scholl), la formation est cependant enrichie d’Emmanuel Baroux, remplaçant Cédric Floc’h (Sammy) à la guitare et de Julien Carton aux claviers, uniquement pour la scène. Ces deux nouvelles recrues avaient alors déjà fait leurs preuves sur « Sauf Erreur De Ma Part » (Upton Park Publishing, 2012), l’album solo de Tristan Nihouarn, l’accompagnant également sur la tournée qui s’en suivit.

Dès le premier titre, « Nous Y Sommes », l’auditeur est forcé de partager ce constat : en effet, nous y sommes, le retour d’un des groupes français les plus brillants est désormais une réalité palpable. Certes, là n’est pas le sujet du morceau, évidemment bien plus grinçant et sarcastique qu’une simple célébration commémorative (en l’occurrence, les préoccupations sont écologiques).

Se pose alors la question de savoir si, en effet, Matmatah n’a pas pris une ride avec ses textes toujours aussi pinçant, acariâtres voire parfois violents ou au contraire si la noblesse de ces quatre brestois réside en une maturité en perpétuel raffinement, grâce à une verve toujours plus intelligente et gracieuse années après années.

De sa voix à l’intrépidité tonitruante et armé de son timbre espiègle et reconnaissable entre mille, Tristan Nihouarn mène l’embarcation tel un vieux loup de mer, à travers les embruns d’un rock ‘n’ roll aux influences bretono-anglo-saxonnes toujours aussi assumées, même complètement revendiquées.

Face à l’habile recours, épisodique certes, à la langue de Jack Kerouac plutôt qu’à celle de Xavier Grall, avec des titres tels que « Margipop» et « Overcom »,  certains se réjouiront d’entendre un disque dans la lignée d’un « Rebelote » (La Ouache Production, 2001), avant d’en arriver à la conclusion suivante : après tout, tous réussiront à retrouver dans « Plates Coutures » des allures évoquant quasi toutes les anciennes productions du groupe mais, bien évidemment aussi, beaucoup de nouveautés, inattendues et jubilatoires, nous laissant alors penser que ces amis de la pointe de la péninsule armoricaine ont encore beaucoup de choses à dire.

Dévoilant il y a quelques mois le single « Marée Haute », terriblement et ironiquement très actuel, le groupe rassurait d’une part tous les inquiets soucieux de n’obtenir de ce come back qu’une pâle copie de l’ancien et d’autre part, laissait présager un bel opus à venir avec ce premier titre déjà incontournable.

Le résultat est à la hauteur des attentes que l’on pouvait avoir : entre l’ardeur et le mordant de certains titres ravageurs tels que « Lésine Pas » et son refrain direct et fort opérant, l’écriture à double tranchant de « Petite Frappe » ou même l’entraînant et rayonnant « Retour à la Normale » et le climat plus feutré et caressant des ballades que sont les véhémentes « Toboggan », « Ô Ma Beauté », « Entre Les Lignes » ou « Peshmerga », le verdict est sans appel, il faut se rendre à l’évidence.

L’élocution reste intacte, la plume aussi, la ténacité du verbe toujours plus émoustillée et les guitares savamment orchestrées n’ont de cesse de nourrir l’ensemble, en bref, encore aujourd’hui, la ouache continue de les animer et de nous embraser.

Matmatah est bel et bien de retour et résolument déterminé à battre la mesure encore longtemps, à Plate Couture. 

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