Chronique n°15 : The Lemon Twigs – « Do Hollywood » (4AD, 2016)

Rock psyché et vitamine C

Une fois n’est pas coutume, c’est autour de deux jeunes frères de 20 ans que l’histoire du rock s’est récemment enrichie et ennoblie.

En octobre dernier, Brian et Michael D’Addario signaient en effet leur premier album, l’époustouflant Do Hollywood, produit par Jonathan Rado du groupe de rock indé Foxygen. Premier bon point.

Plutôt discrets, ces multiinstrumentistes venus de New-York ont pourtant été à l’origine d’un véritable raz-de-marée dans l’univers de la pop anglophone, façonnant un disque épatant à la croisée d’un revival sixties/seventies pour le coup bien assumé et d’un ovni musical tout à fait moderne et curieusement séduisant.

Au service de ces deux rockeurs, un instrumentarium riche et varié, dont la composition tend une fois de plus à rappeler les orchestres de leurs aînés. Des guitares, batterie et basse certes, mais aussi des violoncelles, xylophones, de l’orgue, des cuivres ou encore un recours aux chœurs quasi-systématique : bienvenue dans ce qui ressemblerait furieusement au studio d’enregistrement d’un Phil Spector ou d’un George Martin.

Dans ce délectable premier opus ultra-référencé, impossible de ne pas entendre au moins l’un des noms suivants, tant leur autorité stylistique est palpable à l’écoute. David Bowie d’abord (période Ziggy Stardust et Aladdin Sane notamment) est sans surprise de ceux qui flottent au-dessus des harmonies vacillantes tantôt mélancoliques, tantôt chaleureuses des frères D’Addario, aux côtés des Beatles, Pink Floyd, Elton John, Brian Wilson, Ray Davis, Marc Bolan, Supertramp ou encore Todd Rundgren. Si la liste est encore longue, elle se nourrit surtout de pointures pour le moins prestigieuses, tout en faisant preuve d’un éclectisme remarquable. Certaines influences plus contemporaines pourront également être suggérées, avec des noms tels que MGMT, Tame Impala, Kasabian ou encore, sans surprise compte-tenu de la filiation des deux groupes, Foxygen.

Enfin, plus surprenant peut-être, les mélomanes plus avertis et surtout amateurs de comédies musicales auront déjà envisagé l’analogie entre l’album des Lemon Twigs et le chef d’œuvre de John Cameron Mitchell et Stephen Trask, Hedwig & The Angry Inch.

Les éternels pessimistes sauront quant à eux, il va sans dire, ternir le tableau de leur manque d’indulgence et déplorer ce qui ne serait en réalité qu’un simple pastiche d’une esthétique passée, voire dépassée. Et c’est précisément là qu’ils ont tort, l’exercice du duo américain étant davantage celui d’une relecture. Et toute relecture, dès l’instant qu’elle se veut entreprenante, dynamique et spéculée et non pas simple contrefaçon fade et sans ambition, est bel et bien une nouveauté, qui plus est ici excellente.

Alors escroquerie ou non, voici un album on ne peut plus à la hauteur de sa généalogie. Autrement dit : resplendissant, minutieux, essentiel. Deuxième bon point.

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