Interview : Theo Lawrence & The Hearts, itinéraire de cinq « fortunate sons »

Après avoir fait ses gammes chez les Velvet Veins, formation parisienne de rock’n’roll à la sauce blues et psychédélique toute aussi prometteuse qu’éphémère, Theo Lawrence semble avoir trouvé dans la formule de son nouveau groupe la tribune idéale à ses rêves d’Amérique.

Accompagné de ses quatre complices, Olivier Viscat (basse), Louis-Marin Renaud (guitare), Thibault L. Rooster (batterie) et Nevil Bernard (orgue), le jeune homme de tout juste 21 ans nous offre la synthèse méticuleuse d’un rock aux accents soul et country, où résonnent les timbres trempés et éraillés des grandes voix de la tradition américaine.

En concert à La Biscuiterie le 03 mai dernier, le groupe a répondu à une poignée de questions et est notamment revenu sur quelques unes de ses références, déjà bien installées…

Si vous deviez faire le bilan de l’année ou ne serait-ce que de ces derniers mois très riches pour vous qui viennent de se dérouler, quel serait-il ? Avez-vous des regrets ou des choses que vous auriez éventuellement aimé faire différemment ?

Theo : On a un regret, c’est qu’on était censés faire la première partie d’un de nos artistes préférés qui s’appelle Charles Bradley et son concert a été annulé ! Bon, c’est dit un peu sur le ton de la plaisanterie, car en réalité, nous n’avons pas vraiment de regrets. Tout ce qu’on a fait a savamment été consenti. A chaque fois qu’on sort un truc, on est fiers de le sortir, on essaie de privilégier la qualité à la quantité.

Quant au bilan de cette année, c’est vrai qu’il y a encore un an et demi, on ne faisait que jouer dans notre sous-sol, on écrivait des chansons et on les enregistrait avec un magnétophone pour en faire des démos, mais il n’y avait pas vraiment de but stratégique.

Au mois d’avril, il y a un an, on a sorti notre premier single, Heaven To Me. A partir du moment où on a sorti cette chanson-là, cela nous a obligé à sortir le reste et à rentrer dans une vraie dynamique.

Le plan désormais est de ne jamais s’arrêter, de faire ça tout le temps, de tourner lorsqu’on n’enregistre pas, toujours composer, etc.

Vos influences, à l’écoute de votre musique, vont d’Elvis Presley aux Black Keys, en passant par Jack White, les légendes de la soul music ou encore les grands crooners américains. S’il ne fallait retenir qu’une seule figure, qu’un seul nom, iconique ou non, quel serait-il ? Après tout, peut-être avez-vous déjà répondu en mentionnant Charles Bradley…

Theo : Non, même si on a beaucoup de respect pour lui, ce n’est pas la figure qu’on retiendrait parmi toutes. Ce qui est bien avec le groupe, même si on se rejoint sur des intérêts musicaux communs, on vient plus ou moins de branches différentes de la grande famille de la musique américaine. On a tous grandi avec des figures et des groupes préférés différents. Cela a énormément évolué au fil du temps car on avait tellement accès à beaucoup de musique qu’on a consommé énormément de trucs, ce qui nous a permis de switcher d’artiste préféré.

S’il fallait se mettre d’accord sur un artiste qu’on adore tous ? Les Creedence je pense. On adore tous Creedence Clearwater Revival.

Je pense que de manière générale, les artistes sur lesquels on se retrouve tous ensemble sont ceux qui brassent plusieurs styles. Un artiste qui est purement dans le style la country ou qui fait de la soul à 100% va plus diviser. Alors qu’un groupe comme Creedence, pour ne citer que cet exemple, s’est illustré dans la soul, le rock, la pop, etc. Cela fait un gros mélange au final. C’est en ça qu’on est inspirés par eux je pense. C’est compliqué de dire ce qu’ils font. C’est plus un son, une unité du groupe et donc plein d’influences différentes.

Theo, tu chantes en anglais, existe-t-il néanmoins des artistes français desquels tu puisses te rapprocher ?

Theo : Je crois que dans le groupe, je suis celui qui a la plus mauvaise culture francophone. Donc ce ne serait pas trop à moi de répondre, car je sais que cette culture influence le groupe pour d’autres choses, instrumentales par exemple. A titre personnel, je ne suis pas du tout influencé par des artistes francophones, en ce qui concerne le texte et les histoires car je n’en n’écoute pas du tout et les seuls artistes français que j’écoute chantent en anglais. Par contre, d’un point de vue de l’instrumentation, c’est différent…

Olivier : Moi je suis ultra-fan de Serge Gainsbourg et même de toute l’époque yéyé. Mais Serge Gainsbourg principalement. Les lignes de basse de « Melody Nelson » sont peut-être parmi les premiers trucs qui m’ont frappé et qui font que je joue de la basse aujourd’hui. Nino Ferrer, Dutronc, Hardy… je trouve qu’on sous-estime la qualité du son yéyé des années 60.

Theo : Il y avait un véritable savoir-faire du studio, des instrus… c’était vraiment très rigoureux.

Thibault : Je crois que c’est une époque d’ailleurs où ce n’étaient pas des musiciens français qui jouaient derrière mais où il s’agissait davantage de requins de studios anglais.

Theo : Le yéyé français a par la suite influencé pas mal d’artistes américains et anglais, il me semble. Pas dans les instrus, plus dans les textes j’imagine ou en général.

Après, dans les artistes actuels français, pour en citer un ou deux, moi j’adore Don Cavalli. Je le cite à chaque fois car c’est l’artiste français qui m’inspire le plus. Il chante en anglais et est dans le métier depuis un moment. Au départ, il faisait vraiment du rockabily à fond à la base, puis il s’est détaché de ces influences pour créer son style à lui. C’est impossible de décrire ce qu’il fait, c’est un énorme mélange très personnel.

Olivier : Moi, pour citer quelque chose de plus actuel, je suis très fan de Flavien Berger. Rien à voir, c’est très différent. J’aime son approche de la langue et sa manière de composer instrumentale très expérimentale et assez surréaliste.

Theo : Il y a plein de producteurs français sinon que l’on aime, mais ce n’est pas de l’inspiration musicale mais plutôt quelque chose que l’on aime à côté.

Olivier : Un artiste que j’ai découvert récemment et avec qui j’ai collaboré rapidement, c’est Bastien Lallemant. C’est complètement dans la veine de Gainsbourg, le mec est super et très doué, avec des super textes, à la sauce Serge, mais actuel. Par ailleurs, c’est lui qui a lancé le concept des siestes musicales à Paris.

Parmi votre setlist, il y a-t-il un morceau sur lequel vous prenez le plus de plaisir à jouer tous ensemble ?

Tous : Heaven To Me !

Theo : J’ai l’impression que c’est un peu avec ce morceau que le style du groupe s’est défini. Il  a ouvert une brèche dans notre idée de nous-même. Après ce morceau, on s’est dit que c’était plus ou moins dans cette veine-là que l’on voulait aller. C’est un de nos plus vieux morceaux, donc on ne réfléchit absolument plus lorsqu’on le joue, ce n’est que du ressenti. On se donne à cœur joie de le faire un tout petit peu différemment chaque soir, de trouver un petit truc qui fait que cela redevient excitant, mais nous ne sommes jamais frustrés par cette chanson.

C’est probablement du coup celle qui fonctionne le mieux auprès du public ?

Olivier : Pour le petit public qui connaît déjà, en tout cas, c’est le morceau que les gens attendent le plus. C’est logique, car c’est le premier qu’on ait sorti, mais il y a une petite ferveur à ce moment-là qu’on ne retrouve pas forcément sur les autres. Lorsqu’on joue des morceaux qui ne sont pas encore sortis, les gens ne connaissent pas et c’est un peu différent.

Theo : après, il y a aussi le fait que lorsque tu joues un morceau que tu sais que les gens connaissent, cela te donne encore plus envie de le jouer. Même si c’est toujours très excitant de jouer des nouveaux morceaux, lorsque tu es sur scène et que tu vois le public qui connaît les paroles, il y a un véritable échange.

Thibault : Ils s’illuminent vachement plus quand ils connaissent. Ils ont le sourire.

Olivier : C’est très agréable pour nous aussi et du coup je pense qu’on joue mieux et que l’énergie est très positive.

Vous revenez d’un petit voyage au Canada et beaucoup s’accordent à considérer le public canadien très différent du public français. Qu’en avez-vous pensé ? Est-il peut être plus réceptif ou enjoué vis-à-vis de ce qu’il ne connaît pas ?

Olivier : On a joué dans des contextes assez spéciaux, car il s’agissait de showcases. Ce n’étaient pas de vrais concerts, mais plus des café-concert. Honnêtement, il n’y avait pas énormément de monde et les gens étaient assez spectateurs et en retrait j’ai trouvé. Après, les concerts, particulièrement un, étaient vraiment super. Il s’est passé un truc génial malgré tout. Mais les gens ne connaissaient pas, donc il était difficile de les attraper tout de suite. Après je n’ai pas ressenti de différence avec le public français.

Theo : On a certainement remarqué que les gens dans la rue étaient différents. Mais en ce qui concerne le public en lui-même, je pense qu’avec ce qu’on a fait au Canada pour le moment, nous ne sommes pas en mesure de dire s’il y a vraiment une différence. On retourne à Montréal en juin pour un concert où on attend plus de monde, ce sera donc probablement une meilleure occasion pour juger. [La date n’ayant pas encore été annoncée officiellement par le groupe, elle sera ici gardée secrète, N.D.L.R).

Voilà qui me permets de rebondir : quelle est la suite pour vous ?

Olivier : Cela va arriver très vite ! On va passer trois semaines en studio pour enregistrer l’album, d’ici deux semaines, dans un gros studio à côté d’Angers, appelé Black Box. Pour le reste, on ne peut pas encore trop en dire, il y a la date en juin qui a déjà été évoquée et d’autres petits trucs…

Theo : De manière générale on fait nos premiers concerts en hors de France ce printemps et été. On va jouer au Portugal notamment le 2 juin prochain, au MIL Festival, ou en Suisse également.

Tous nos morceaux sont prêts sinon, on continue de les travailler, sans pour autant les dénaturer. On n’a jamais vécu une longue expérience de studio tous ensemble. C’est toujours dans le speed.

Olivier : Déjà parce qu’on n’a pas beaucoup de thunes mais ensuite parce qu’on a pas besoin de beaucoup de temps en studio, car on enregistre tout en live. C’est peut-être la chose que je préfère le studio, au-delà des live. Dès qu’on s’y rend, même si on a que 4 jours, on les remplit énormément car on sait qu’on peut aller vite. Donc on essaie d’en faire le plus possible. C’est vrai qu’on n’a jamais eu de longue expérience en studio.

Dernière question : Theo Lawrence & The Hearts en 3 albums, ou plus, quels seraient-ils ?

  • Aretha Franklin – I Never Loved A Man The Way I Love You (Atlantic, 1967)

Theo : Mon album préféré d’elle. Mais Aretha, on se rejoint tous là-dessus.

  • El Michels Affair – Return to The 37th Chamber (Big Crown Records, 2017)

Theo : Ce sont des reprises du Wu-Tang en instrus en fait. C’est une grosse inspiration pour nous. Il s’agit de Leon Michels, un new-yorkais qui fait beaucoup de studio. Il a son label et un studio qui s’appelle Diamond Mind à New-York. Il a insufflé à la scène new-yorkaise des années 2000 un son hyper-reconnaissable de soul sans précédent pour moi, même si cela s’inspire de plein de musiques plus vieilles que lui. Il a vraiment trouvé un truc et cela nous inspire énormément.

  • Dan Penn – The Fame Recordings (Ace, 2012)

Nevil : Une grosse claque, je pense qu’on est tous d’accord, sur la production, le grain de la voix, la simplicité des paroles,… Il s’agit ici d’une sorte de collection créée par les studios Fame.

Olivier : En réalité, ce gars-là est un compositeur. Il a composé pour plein de gens, mais avant de montrer ses compos, il faisait des démos. Et ce sont ces démos qui sont sorties sur cet album, qui sont presque mieux que les originales. Le mec est blanc en plus, c’est assez saisissant.

  • The Beach Boys – Pet Sounds (Capitol Records, 1966)
  • The Beatles – Abbey Road (Apple Records, 1969)

Theo : Après un truc qui influence vraiment le groupe en termes de son, même si ce n’est pas forcément mon cas, ce serait Pet Sounds des Beach Boys ou Abbey Road des Beatles.

Olivier : Tous les Beatles en fait.

  • Georges Harrison – All Things Must Pass (Apple Records)

Thibault : Pour le guitariste qui n’est pas là, j’aurai quelque chose à proposer : All Things Must Past de Georges Harrisson, pour le jeu de guitare, dans la pratique de la slide et le style assez lyrique.

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