Chronique n°20 : Half Japanese – Heaven Sent (Emperor Jones, 1997)

À moitié japonais, 100% brillant

Pour notre vingtième chronique, revenons sur un album fêtant cette année ses vingt ans : Heaven Sent par Half Japanese, qui paru en marge des circuits de grande distribution et médiatisation traditionnels, a su néanmoins se faire une place de choix parmi la discothèque des amateurs de musique indé.

En réalité, au-delà de la simple chronique, l’anniversaire de cette sortie discographique est également l’occasion d’offrir une tribune plus générale à ce groupe à la singularité constante et coutumière, qui ne saurait être réduit à la brève évocation d’une seule de leurs productions.

En effet, la formation crée à la fin des années 70 par les deux frères Fair, Jad et David, au répertoire complexe et opulent ainsi qu’à la popularité toute aussi confidentielle que légendaire, est malheureusement trop souvent boudée par l’histoire de la musique, ou en tout cas, une certaine histoire de la musique.

À propos du groupe, Hervé Crespy écrivait pour la revue pop moderne Magic :

« Marrant. Comme on dit le The Fall de Mark E. Smith, on annonce le Half Japanese de Jad Fair. Mieux qu’une raison sociale accolée au nom de son propriétaire, il y a des similitudes quant à la raison d’être de ces deux groupes emblématiques d’un certain radicalisme rock. Une même discographie épuisante (Half Japanese doit en être à son quatorzième album, quant à The Fall, on ne sait plus trop), même prédilection pour le discours l’emportant sur une musique qui n’a pas varié d’un iota depuis des lustres. »

Et le moins que l’on puisse dire est que cette déclaration sonne on ne peut plus juste, tant l’institution indie que représente Half Japanese aujourd’hui est indissociable de son créateur fou, l’énigmatique Jad Fair, qui entre approche naïve et avant-gardisme expérimental, façonne son art avec une créativité inouïe depuis une quarantaine d’années.

Au diable les conventions, la sur-sophistication des productions, le recours voire la soumission aux calibrages pré-établis et à tout autre impératif trop orthodoxe : avec Heaven Sent, comme avec les albums qui l’ont précédé et ceux qui lui succèderont, le groupe assied une fois de plus son amour pour le chaos, la beauté d’un son sale, ou le non-respect systématique de la justesse.

Sur ce brillant opus, Jad Fair, souvent revendiqué, rappelons-le, comme une inspiration majeure par de groupes tels que Nirvana, The Pastels ou Sonic Youth, décide d’ouvrir délicatement la danse sur Heaven Sent, une balade guitare/batterie légère, où de son timbre rauque et lancinant, le chanteur nous rappelle les allures majestueuses de Lou Reed et de ses acolytes de la Factory.  

Enregistrée en live au cours d’une émission de radio et avec une durée de six minutes, ce titre sera le seul de l’album à dépasser les deux minutes, puisque tous les autres seront quant à eux très courts (1 minute en moyenne ! ), tels les restes d’une urgence punk fulgurante, à la frappe encore intacte.

Alors que la deuxième piste, Good and True and Fine, dévoile ses charmes timides et furtifs, les pérégrinations inspirées du musicien continuent de s’enchaîner dans un ballet tout aussi apocalyptique qu’onirique, quasi-irréel, plongeant alors l’auditeur dans une confusion troublante tout à fait délicieuse, écoute après écoute.

Jad Fair est-il le musicien le plus mésestimé de son époque ? Probablement.

À écouter entièrement ici !

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