Carte blanche à l’équipe #1 : « Le Jazz n’est pas mort, Londres est toujours en vie » par Nicolas Sampité, chargé de production

Si le jazz n’est plus porté par des grandes figures symboliques et énigmatiques comme ce fut le cas pendant les années 60 avec des légendes vivantes, telles que John Coltrane ou Ella Fitzgerald par exemple, on assiste à une requalification de ce courant musical par des artistes très divers, moins notables mais tout aussi créatifs. Ce renouveau est, en partie, initié par la Grande Bretagne, place forte de la musique actuelle depuis un siècle.

Il ne s’agit pas ici de faire une rétrospective exhaustive des groupes qui ont forgés la scène Jazz ces dernières années mais plutôt de considérer Londres comme un foyer majeur et particulièrement fécond du Jazz mondial. De plus, ces artistes portent en eux un dynamisme créatif et une force juvénile tout à fait intéressante d’un point de vue artistique et culturel.

Par exemple, le Portico Quartet est composé d’anciens étudiants en ethnomusicologie et fait le tour des petites salles, des clubs et des scènes off des festivals. En 2007, ils signent chez Babel Label et sortent un album quelques mois plus tard.

Cette ascension fulgurante est non seulement le fait de leur talent mais aussi de leur éclectisme, produisant alors un album mêlant jazz, folk et synth-pop. Ils sont notamment connus pour utiliser à merveille le hang, un instrument acoustique d’origine suisse, composé de deux coupelles métalliques. Dix ans plus tard, les 4 passionnés de Philip Glass ou Radiohead se tournent vers la musique électronique avec leur album Art in the Age of Automation, sortie sur Gondwana Records. C’est alors l’occasion pour eux de renouer avec la scène et l’énergie qui caractérisent leur musique. Jazz ou musique contemporaine, la question n’est pas là. Ils proposent un voyage musical dans chacun de leurs albums et développent ainsi une identité qui leur est propre.

Parler d’une renaissance du Jazz Londonien, comme beaucoup de médias s’emploient à le faire, serait considérer qu’il a été mort un jour et qu’il renaît aujourd’hui. Portico Quartet ne valide pas cette vision car ce groupe se renouvelle toujours mais ne se trahit jamais, depuis maintenant plus de 10 ans.

Peut-on vraiment parler d’un renouveau de la scène Jazz Londonienne ?

C’est avec des lieux tels que le Total Refreshment Centre que la scène underground monte en puissance et accueille des musicien.n.es jeunes, talentueux.se.s et émergent.e.s. Ce warehouse fondé dans les années 80 propose aujourd’hui une programmation particulièrement exaltante avec notamment Nubya Garcia ou encore Eric Lau pour les plus récent.e.s. La programmation est construite selon les standards du club et du warehouse : une soirée par label ou par collectif qui invite les artistes de son choix et bien souvent de son catalogue.

Ainsi, Brownswood Recordings, fondé par le mélomane Gilles Peterson , développe le projet « We Out Here » et produit un album compilant des musiciens encore trop peu connus dans le reste de l’Europe : Ezra Collective, Kokoroko, Moses Boyd pour ne citer qu’eux. Leurs influences sont multiples : le Hip-Hop, la House, l’Afrobeat les inspirent et leur manière de pratiquer le Jazz en est impactée. Pour notre plus grand bonheur. Par exemple, on retrouve ces artistes dans les fameuses soirées Boiler Room.

Hormis l’aspect festif et évènementiel de leurs prestations, une réflexion est portée sur la société et la place de la musique dans l’art contemporain, par l’organisation de conférences et la réalisation de documentaires. Ce renouveau se caractérise aujourd’hui par une réelle collaboration des artistes entre eux, d’un travail en amont avec des passionné.e.s de culture parfois non-musicien.ne.s. C’est tout un monde qui se met en mouvement autour de la composition musicale s’accompagnant de l’art graphique et corporel. En témoigne les multiples collaborations entre des mondes différents mais pas antinomiques : musique électronique, musiques latines ou africaines, danse, art urbain par exemple.

Le 25 mai 2018 sortira le nouvel album de Yussef Kamaal après son merveilleux Black Focus en 2015. Ce groupe est devenu une icône du jazz-fusion en quelques années, c’est avec une grande impatience que la critique attend The Return dont la tracklist a été dévoilée.

Pour en savoir plus sur ce projet et en écouter le premier extrait, c’est par ici

Dans cette optique, parler de Shabaka Hutchings semble incontournable tant son projet s’inscrit dans cette démarche d’innovation et de transversalité des esthétiques. dans la musique actuelle. Si le Jazz a longtemps été considéré comme musique savante, destinée à l’élite économique et sociale, cet artiste et bien d’autres s’efforcent de combattre cette image faussée. Ce Londonien se fait remarquer en 2011 avec le groupe Sons of Kemet qui porte un Jazz atypique par sa formation et tropicale par ses sonorités. En effet, il réussit à entrainer les foules par des percussions et une rythmique afro totalement assumée. Ce quartet est composé d’un saxophone, d’un tuba et de deux batteries.

Comme l’expliquent les professionnels du Jazz (directeur de labels, tourneurs, producteurs, musiciens) le renouveau de ce courant musical se caractérise par un travail de longue haleine qui a débuté il y a 20 ans. Plutôt que d’un « renouveau », il faudrait parler d’un décloisonnement. C’est à dire d’une nouvelle façon de voir le Jazz, dénué de tout archaïsme et porteur d’une dynamique collaborative et décomplexée.

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