Carte blanche à l’équipe #2 : « Esprit punk, es-tu (toujours) là ? » par Marie Leroy, chargée de communication

1976 – 1979, trois années qui auront vu naitre, se développer et mourir (?) le punk. Mouvement de l’éphémère, du No Future et synonyme du chaos, le courant musical s’ancre dans la perte et la désillusion d’un monde n’ayant plus rien à offrir à la jeune génération. Des groupes aux connaissances musicales limitées et aux styles vestimentaires aussi cacophoniques que leurs accords de guitare deviennent alors les leaders d’un véritable tournant autant musical, qu’esthétique.

En tête de file de ce mouvement sont souvent nommés les Sex Pistols, notamment avec leur single Anarchy in the Uk  considéré comme l’hymne de la période. Groupe phare collectionnant les caractéristiques et clichés collant à la peau du mouvement ; jeunes bruyants à la pratique musicale débutante, nids à fait divers et arborant un look déchiré, ils seront autant bannis de la scène musicale de Londres que sujet de prédilection pour leurs scandales. Le punk semble d’ailleurs avoir été enterré en même temps que le groupe et leur bassiste Sid Vicious, mort d’une overdose en 1979.

Qu’en est-il de la question du punk aujourd’hui ?

Si le mouvement est donc considéré par certains comme mort en 1979, il n’en est pas moins que l’on entend encore parler du punk aujourd’hui. Son idée et son esthétique sont encore bien présents dans les esprits, avec l’arrière-goût d’un paradis perdu. Une nostalgie semble habiter le punk : d’un mouvement se tenant contre les institutions, il semble aujourd’hui inscrit au cœur d’un véritable projet de mise en valeur.

Au niveau universitaire, un collectif nommé PIND (punk is not dead) propose une véritable réflexion scientifique sur le mouvement, différents colloques sont proposés et un véritable travail d’archivage est mis en place. Ce projet propose « un retour vers No Future, qui interroge l’existence et les conditions d’existence de la scène punk en France depuis quarante ans »

D’un point de vue médiatique, les revues spécialisées s’en donnent de même à cœur joie dans la revalorisation du punk. Entre articles de commémoration célébrant les 30 ou 40 ans du mouvement ou de tels ou tels albums, les chroniques de France Culture ou les différents biopics, l’histoire du punk est écrite et réécrite ! 

D’un point de vue muséographique, nombreuses sont les expositions données ou les journées thématiques proposées. Par exemple, en 2013, La Cité de la musique proposait l’exposition Europunk. Plus récemment, le Stéréolux à Nantes programmait une semaine thématisée avec expositions, conférences, projections et concerts. Il y était possible d’écouter Eric Tandy et Patrick Eudeline se remémorer leur jeunesse à travers le mouvement punk. Dans un autre registre, il était possible de voir une exposition traitant de l’esthétique punk, au MacBa (Musée d’art contemporain de Barcelone) en 2016. Différents Fanzine, reportage photographique, sculpture avec comme maitre mot, le chaos, y étaient exposées.

A venir, La grange à musique à Creil nous propose d’ailleurs une réflexion sur le punk en cette fin de moi de mai, avec notamment une conférence « L’âge d’or du punk ».

Un hommage mérité ou une perversion profonde ?

Cet hommage, ce regain de nostalgie, fait grincer des dents les revendicateurs d’un mouvement alternatif. Joe Corre, fils de Malcom Mclaren déclare, suite à la volonté de la reine de célébrer le quarantième anniversaire du single des Sex Pistols, que cet hommage est « le signe que le punk et la culture alternative sont devenus mainstream. D’un mouvement pour le changement, le punk est devenu une pièce de musée ». Il brulera les reliques du groupe des Sex Pistols en guise d’illustration de son propos, certain par ce geste, que ces souvenirs du groupe ne finiront pas dans un musée.

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Chris Kraus , écrivaine, déclarera de même que le punk « est devenu un phénomène de mode, une sous-culture dûment identifiée, répertoriée, récupérée par l’industrie musicale. »

D’un autre coté, on peut de même considérer cette valorisation comme un processus de mise en patrimoine et d’inscription du punk dans l’histoire de la musique. Ces recherches menées, les archives conservées et mises en valeur, ces expositions et conférences, permettent de raconter et de sauvegarder l’histoire d’un mouvement phare du XXème siècle

Image à la une : Photographie de Sue Rynskyi, The Dead Boys, Bookies Club 870, 1978.

 

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